
Vendredi 17 août 2007 à 12:49
La nature n'avait pas été très clémente avec Rufus. Déjà à la maternité, il était si repoussant que les infirmières se murmuraient sa laideur derrière le store de la chambre 508. Sa propre mère elle même fut bien obligée de reconnaître qu'il n'y avait pas grand chose d'humain dans se morceau de chair tout droit sorti de ses entrailles (mais puisque c'était sa moman, elle l'aimait quand même comme dans toutes les histoires qu'on fait gober aux gosses). Durant son enfance, il s'habitua à provoquer le dégoût chez tout le monde, en particulier chez les filles qui adoptent à cet âge cette condescendance hystérique qu'elles n'abandonnent pour la plupart jamais. Il engendrait la fuite, où qu'il aille dans la cour de récré ou dans le square, mais il se contentait de sa solitude, car après tout les autres étaient un peu stupides et passaient leurs récréations à se vanter de sucer le sang de leurs bobos ou a soulever les jupes des filles. Rufus était laid, mais il aurait pu devenir caïd. Sauf que Rufus n'avait rien d'impressionnant avec sa voix fluette et son corps ridiculement disproportionné. Quand la maîtresse ou ses grands - parents lui demandaient ce qu'il voulait faire quand il serait grand, il répondait astronaute. Pas qu'il rêvait d'aller dans l'espace, non, mais il cultivait secrètement l'espoir de n'avoir plus personne pour lui rappeler sa laideur, et se retrouver dans l'atmosphère est encore ce qu'on peut faire de mieux pour ne rencontrer aucun humain.
Rufus était donc monstrueux, solitaire, et délaissé, mais il vint un jour où la vie décida de lui sourire un peu. Il allait tout juste avoir treize ans. Le soir de son anniversaire, il pria Dieu de toutes ses forces. Agenouillé devant la cuvette rabattue des toilettes du premier étage, il le supplia sincèrement de le faire ressembler aux autres enfants. Attendri et touché par la foi si naïve du petit Rufus, Dieu qui s'apprêtait à prendre ses quelques jours de repos hebdomadaires dans les Caraïbes décida d'annuler son voyage et de faire son possible pour offrir à ce petit monstre quelques instants de joie en ce bas monde. Il se mit au travail mais ne tarda pas à constater qu'il ne pouvait rien faire pour le pauvre môme, car Rufus était indéniablement ingrat, et un changement brusque dans son physique aurait été peu naturel et n'aurait pas manqué d'alerter ces misérables mortels. Le plus simple restait encore, au contraire, de lui rendre les autres semblables. Dieu réfléchit longtemps, très longtemps, en sirotant quelques Martini dans sa thalasso nébuleuse, quand il trouva la solution. Toute la nuit, il fit pousser des poils et éclore des bouquets de pustules sur les corps des pauvres autres enfants. Il les abreuva d'hormones indigestes et joua au yoyo avec leurs cordes vocales. Enfin, il les délecta chacun de quelques neurones qu'il mit en chambre froide, au cas où il viendrait un jour ou il faudrait leur restituer. Dieu était harassé de fatigue, mais impatient de voir la réaction du petit Rufus quand il découvrirait le cadeau que lui avait fait le ciel pour ses treize ans.
En se réveillant, Rufus ne put s'empêcher d'être déçu quand il se dévisagea dans le mirroir et y rencontra son habituelle laideur. Bien que dépité, il se prépara en silence avant de prendre le chemin de l'école. Sur le trajet, il croisa un groupe de touristes qui tenait un langage aux intonations plutôt étranges et qui semblait venir d'une contrée lointaine, si on en croyait leurs vêtements traditionnels qui leur donnaient, il faut l'avouer, une allure proche de celle du singe. Rufus se demanda d'où pouvaient bien débarquer ces curieux personnages, quand arrivé à l'école, il constata qu'ils avaient envahis les couloirs de l'école. Rufus commença à s'interroger, remarquant qu'il était le seul de tous les élèves qui n'avait pas été muté en l'un de cette curieuse espèce qu'il avait pris pour une civilisation étrangère. Soudain, il eu le souvenir de son honteuse prière de la veille et fut terrifié à l'idée d'être peut être le responsable d'une pareille épidémie. En passant à travers des groupes de ces créatures, il saisissait au passage des conversations étranges, ponctuées régulièrement d'interjections inconnues à son vocabulaire telles que "style", "genre" ou encore "graaave". De plus en plus angoissé, Rufus se mit à courir dans les couloirs sans trop savoir où aller, quand il trouva une salle de classe vide dans laquelle se réfugier. Il tentait de retrouver ses esprits, quand surgit derrière lui un individu terrifiant au teint drôlement cadavérique, intégralement vêtu de noir, qui s'approcha de lui en faisant tinter les chaînes à vélo et les colliers pour caniche qu'il portait autour du cou.
Effrayé, Rufus plongea par la fenêtre et s'écrasa grossièrement dans la beine à ordure de la cantine, au milieu de saucisses obscènes et d'épinards malodorants. Ainsi, il mourut tragiquement, à cause de Dieu qui savait pas bien faire son job et qui aurait dû laisser Rufus continuer à pleurer les soirs de kermesse quand il avait été pris pour cible de bombes à eau et de restes de quiche lorraine toute la sainte journée, et ainsi épargner le monde du terrible, terrible fléau de l'adolescence. Alléluhïa.
Publié par zygomatiques
Jeudi 16 août 2007 à 15:07
C'est l'été, toute la France qui en à les moyens s'est pressée d'envahir la Grande Motte et autres stations balnéaires industrielles, profitant des animations du soir pour admirer les pseudos Péruviens qui chantent en playback des versions déprimantes de El Condor Pasa déguisés en peaux-rouges, allez comprendre. Heureusement ignares, les touristes se contentent de se comporter comme s'ils étaient à l'exposition universelle devant des espèces curieuses et de se faire prendre en photo avec le préposé à la flute traversière, en vérité pauvre immigré pakistanais qui essaie de payer son H.L.M.
Publié par zygomatiques
Jeudi 9 août 2007 à 13:01

Je suis d'un autre pays que le vôtre, d'une autre quartier,
d'une autre solitude.
Je m'invente aujourd'hui des chemins de traverse. Je ne
suis plus de chez vous.
J'attends des mutants. Biologiquement je m'arrange
avec l'idée que je me fais de la biologie :je pisse, j'éjacule, je pleure. Il
est de toute première instance que nous façonnions nosidées comme s'il
s'agissait d'objets manufacturés.Je suis prêt à vous procurer les moules.Mais... la solitude... Les moules sont d'une texture nouvelle, je vous avertis. Ils
ont été coulés demain matin.Si vous n'avez pas, dès ce jour, le sentiment
relatif de votre durée,il est inutile de vous transmettre, il est inutile de
regarder devant vous car devant c'est derrière,la nuit c'est le jour.
Et... la solitude... Il est de toute première instance que les laveries
automatiques,au coin des rues, soient aussi imperturbables que les feux d'arrêt
ou de voie libre. Les flics du détersif vous indiqueront la case où il vous sera
loisible de laver ce que vous croyez être votre conscience et qui n'est qu'une
dépendance de l'ordinateur neurophile qui vous sert de cerveau. Et
pourtant...la solitude... Le désespoir est une forme supérieure de la critique. Pour le
moment, nous l'appellerons "bonheur", les mots que vous employez n'étant plus "
les mots" mais une sorte de conduit à travers lequel les analphabètes se font
bonne conscience. Mais...la solitude...Le Code civil nous en parlerons plus tard. Pour le moment, je
voudrais codifier l'incodifiable.Je voudrais mesurer vos danaïdes
démocraties.Je voudrais m'insérer dans le vide absolu et devenir le non-dit,le non-avenu, le non-vierge par manque de lucidité. La lucidité se tient dans
mon froc.
Publié par zygomatiques
Jeudi 2 août 2007 à 14:04

Publié par zygomatiques
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